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Fribourg-en-Brisgau
Le choix d’une ville durable

La ville de Fribourg-en-Brisgau est la capitale régionale du sud de l’Etat fédéral de Baden-Württemberg, au sud-ouest de l’Allemagne. Sa population est de 212.000 habitants.

Dans les dernières décennies, Fribourg a acquis une réputation en ce qui concernela qualité de vie et les politiques environnementales (transport, développement par quartier, énergies renouvelables). En effet, depuis trente ans, un vaste programme, que l’on peut qualifier de développement durable, est mis enoeuvre.

Les transports urbains

La municipalité a défini les « cinq piliers de la politique fribourgeoise des transports » : encouragement des déplacements à bicyclette, réduction du trafic automobile et de la pollution sonore, développement des transports publics, aménagement de places de parking en limite de zones piétonnes, canalisation dutrafic automobile.

Chaque mode de transport dispose d’espaces qui lui sont souvent propres : rues piétonnes, pistes cyclables (il en existe près de 500 kilomètres à Fribourg), couloirs de circulation pour les tramways et les bus, voies pour les véhicules motorisés.

Au centre-ville, autour de la vieille ville qui est entièrement aménagée en zone piétonne, de nombreux parkings pour voitures encouragent les automobilistes à délaisser leur voiture au profit d’autres modes de déplacement.

Un service de location de voitures à l’heure ou à la journée (auto-partage) existe à Fribourg.

La fréquentation des transports publics est passée de 11 % à 18 % entre 1982 à1999 ; la circulation à bicyclette, de 15 à 26 %. Pendant la même période, le volume de circulation motorisée a baissé, passant de 38 % à 32 %. Malgré l’augmentation du nombre d’automobiles, le nombre de trajets journaliers en voiture est resté stable. D’une façon générale, près de 70 % des déplacements dans la ville se font à pied, à vélo ou en transport en commun.

L’énergie

En 1986, le Conseil municipal de Fribourg a adopté un concept en matière d’énergie, qui s’articulait autour de trois points clés : la maîtrise de l’énergie, le développement des énergies renouvelables, l’adoption de technologies énergétiques efficaces.

La première action a consisté à économiser l’énergie. L’amélioration de l’isolation des bâtiments, l’utilisation d’appareils ménagers économes et l’éducation du public ont permis d’obtenir des résultats probants. Un ménage fribourgeois consomme en moyenne trois fois moins d’énergie qu’un ménage français.

De nombreuses installations de panneaux photovoltaïques ont été réalisées sur les bâtiments publics et privés : écoles, mairie, hôtels, magasins... D’autre part, des éoliennes ont été installées sur les collines qui surplombent la ville. Enfin, un ensemble de projets immobiliers, ainsi que les quartiers de Vauban et Rieselfeld ont été réalisés en stricte conformité avec les normes des constructions « basse-énergie ».

Il s’ensuit qu’en 2004, les énergies renouvelables couvraient 4 % des besoins. Par ailleurs, les centrales de cogénération couvrent la moitié des besoins totaux.

L’objectif pour 2010 est de produire 10 % de l’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables : éolien 4,9 %, biomasse 2,7 %, solaire photovoltaïque 1,2 %, petite hydraulique 0,3 %, géothermie 0,9 %. Il est prévu d’installer cinq nouvelles éoliennes sur les collines autour de la ville.

La Ville s’est donné pour objectif en 2010 la réduction de 25 % des émissions de CO².

L’aménagemen t durable

Les orientations du plan d’urbanisation de Fribourg sont de quatre types :

  • objectif de planification du développement spatial ;
  • objectifs culturels, sociaux et dans le domaine de l’éducation ;
  • objectifs environnementaux, y compris paysage et nature ;
  • objectifs économiques.

A la fin des années 1980 et au début des années 1990, la demande de nouveaux logements était très forte. En réponse à cette demande, deux quartiers se sont créés, et se développent encore actuellement : Vauban et Rieselfeld.

Vauban est situé à la périphérie sud de Fribourg. Certains bâtiments de la caserne sont restaurés, principalement à des fins de logement. Des projets d’habitat collectif autogérés se développent. Cependant, l’essentiel du terrain est consacré à la création d’un nouveau quartier. L’utilisation optimale de l’espace est un aspect essentiel. Les terrains attenants aux maisons sont de petite dimension. Les habitations sont construites de manière à limiter la consommation d’énergie ; le contrat de vente des terrains oblige leur propriétaire à réaliser une isolation
renforcée des maisons. De petites zones vertes entre les bâtiments servent d’espace de loisirs pour les enfants, de vie et de rencontre pour les habitants.

Le projet de Rieselfeld, à l’est de Fribourg, comporte 4220 appartements, qui pourront loger de 10.000 à 12.000 habitants. Le quartier est construit sur une superficie de 70 hectares. La planification urbaine prévoit la construction d’un quartier à haute densité de population, avec une majorité d’immeubles d’une hauteur maximale de cinq étages. Il est tenu compte des besoins des femmes, des familles, des handicapés et des personnes âgées. Il s’agit de disposer d’un  quartier où peuvent vivre ensemble ces différents types de groupes. De plus, le quartier doit pouvoir accueillir des ménages qui disposent de revenus faibles. La collectivité souhaite créer un millier d’emplois au sein du quartier afin de réduire la séparation entre lieu de travail et lieu de résidence. Les transports publics (tramway) ainsi que les déplacements à pied ou à bicyclette sont favorisés. Des espaces verts et des équipements de loisirs doivent être aménagés.

Les difficultés rencontrées et les limites de l’expérience

  • Les efforts engagés pour limiter l’utilisation de l’automobile ne suffisent pas à ralentir la pollution atmosphérique et à stopper la dégradation des forêts. 80 % de la pollution atmosphérique est due à l’augmentation du trafic routier et rien n’est fait au niveau régional et européen pour inverser cette tendance.
  • De même, les actions entreprises en matière de gestion de déchets ne sont pas systématiquement relayées sur le plan national.
  • Le risque existe de voir des décisions prises par l’Union européenne, notamment dans le domaine de l’agriculture et de l’énergie, contrecarrer des efforts développés par la Ville de Fribourg.
  • Les moyens financiers de la Ville pour développer de nouveaux projets sont limités. Aussi les responsables municipaux envisagent-ils de confier au secteur privé le soin de réaliser les investissements nécessaires pour maintenir un bon niveau de service public.
  • La population est encouragée à faire des propositions, participer à la vie publique. Cependant, les responsables politiques ainsi que les agents de la collectivité ne sont pas préparés à faire participer la population.

L’expérience de Fribourg montre bien l’approche globale et transversale du développement. Dans le domaine de l’aménagement des quartiers, il s’agit bien de prendre en considération les aspects liés à la protection de l’environnement mais aussi ceux liés à la question sociale et tout cela en tenant compte des réalités économiques.

Des effets positifs

Une politique environnementale ou de développement durable volontariste peut avoir des retombées très appréciables en terme d’emplois. A Fribourg, près de 10.000 emplois ont été créés dans le domaine de l’environnement que ce soit dans l’industrie, le tourisme ou bien encore la formation.

La concertation avec les habitants, voire une réelle implication de certains d’entre eux dans l’élaboration et le suivi des projets ainsi que l’animation des quartiers, constituent des facteurs de réussite et de pérennité des projets. Dans certains quartiers de Fribourg, les habitants assurent une responsabilité collective de l’espace public.

Benoît Théau
8 octobre 2005